Au clair de la Lune

J’ai repris la plume car mon ami Pierrot s’en est allé aux pays des chimères, des rêveries ou des songes. C’est comme vous voulez !

En tout cas la chandelle de Pierrot est morte, sans flambée, lui qui brûlait de tout feu. Ses brindilles, sa ramure, son taillis sont consumés. Il ne nous ouvrira plus sa porte et restera dans son lit bien froid. Sa voisine nous a dit combien elle l’aimait et que sa lumière lui manquait énormément. Et cette douce maîtresse, accompagnatrice des révoltes de mon compagnon de layon imaginaire me fait défaut chaque jour qui passe.

Non pas que je le voyais souvent depuis quelque temps, mais nos sérénades, nos empoignades, nos attrapades, nos réprimandes ne m’apportent plus de semences à ma cervelle vieillie, malade et antique. Sa porte de service est devenue rigide et il nous est maintenant impossible d’y pénétrer pour glaner un peu d’allégresse et d’exaltation. La vie est devenue morne et je n’arrive pas à franchir un nouveau pas de bienfait moral.

Tu n’es pas né dans la rue avec ton idole, Pierrot mon frangin, mon poteau, mon copain, tu nous tenais chaud. Pierrot, ne pas te voir on en crève tous. J’entends encore ta voix résonner dans mon encéphale meurtri. Nos veillées, nos sauteries nos bringues embuées de vapeurs immorales illuminaient cette obscurité latente. Avec toi on levait le voile, on abattait les masques de cette sombre diplomatie absurde. Le sage qui dormait en nous avec habileté se réveillait avisé à combattre l’assaut des incrédules de ces pays qui n’existent plus. Des désespoirs qui s’éclipsent, c’est comme vous voudrez ! Nous n’avons plus rien à faire chez ces gens-là. Ha, Môrice si tu savais comment nous avons vécus tes paroles. Parce qu’un jour mon Pierrot tu as tout congédié et tu as certainement trouvé un autre sens à ta vie sans panneau de signalisation et ton masque était difficile à craquer. Toi l’insurgé qui disait on va tous crever comme pialait l’artisse. Et nous les saucisses on en rigolait, mais voilà tu n’es plus avec nous. Où es-tu passé maintenant ? Tu as culbuté nos souvenirs comme l’églantine de nos pauvres jardins. Tes amis étaient excentriques ou ne l’étaient pas avec leur façon d’y croire et toi tu pissais sur leurs tabous. J’emprunte ces mots qui te ressemblent tellement et attisent nos émotions. Mais le préjudice est présent et il est de notre énergie d’exister sans plus.  Pierrot, mon copain t’étais le chef de quelle bande ?

Et comme dit Maxime, toi le frère que je n’ai pas eu mais tout ce que l’on a fait ensemble, et tu as chanté tout cela. Tu as fait partie de ma famille, on n’a pas eu besoin de se la fabriquer cette maisonnée. Des moments gravés dans le cœur. AFFIRMATIF ! Tu aurais rugi « On en a plus rien à foutre », allez circuler, action-réaction. Mon Pierrot, espèce de Polonais fanatik et possédé en voie de disparition. Fêlé par tes revendications incohérentes et stupides. No Comment ! Ton étendard sanglant est baissé maintenant.

T’as certainement rejoint les disparus de ton entourage, ton propre cercle, ton Fifou et autres notables de ta propre corporation. Toi le clochard céleste au sens poétik, je préfère préciser que ce sobriquet n’est que la bannière de ton mode de vie. Et puis RAF, ici on ne justifie pas, on dit. Point.

T’es certainement attablé avec tous tes ressemblants, tes homologues, tes apôtres à la Cène de l’au-delà. Et j’imagine le festin, la beuverie à son comble et les pique-assiettes venus de tout horizon. La fanfare au rock puissant doit décharger ses décibels euphoriques. J’imagine le délire, la frénésie et l’enthousiasme des collabos présents. Allumez le feu, ha quelle image comique. Le bien, le mal ou le diable et le prophète, le rouge et le noir. Bon là, c’est mon délire. J’exulte et ma confusion mentale me transporte avec tes joyeux drilles. Mon Pierrot, mon frère de cœur, dis quand reviendras-tu ? Terminé, plus rien à voir, circulez, la résurrection c’est pas pour nous, bande d’impies. Fallait pas mourir, fallait vivre. No Comment ! Encore une fois. On se croirait dans un discours politique immobilisé par de la chimio nauséabonde. Ces politiciens avisés que tu détestais tant. Ces adroits du mensonge que tu as tant combattu. Ces habiles rusés que tu as tant réfuté et désavoué. Pierrot, mon frangin, mon poteau.

Ton enterrement ? Une joie de pleurs et de souvenirs radieux et inoubliables. L’historique de ton itinéraire en contre allée était à l’image d’un enthousiasme d’émotions véritables. Tiens, c’était un sacré beau mariage concocté par tes fils adorés. Mon Pierrot, le géniteur de mômes à ton image corporelle, il y a quand même pas mal de ressemblance. Ces bambins, je les ai connus minos. Ils sont une très belle représentation de ton cœur si sensible et dévoué. Je sais aussi qu’ils t’aimaient à leur façon comme toi tu les chérissais aussi à ton mode. Quelle que soit la méthode, un seul regard suffit pour exprimer l’amour, la tendresse, la passion. Pierrot, mon poteau, t’a eu une belle lignée avec des origines si différentes. L’inauguration de ta nouvelle vie concoctée par ton clan de sang a été digne de la naissance d’un monarque. Inoubliable, vieille canaille. Jusqu’à la lie on s’en est mis et pas du super flux, mais de la franche camaraderie, de l’accointance et de l’amitié. Camarade, lève ta main et avance tout droit. Mon Pierrot, mon frangin toi qui rêvait de liberté.

Le gala, la réception a pris fin et nous on est resté planter avec nos maux, nos chagrins, nos souvenirs. Quelle épreuve déchirante. On n’est pas immortels et l’émotion nous submerge à chaque instant. On se rend à l’évidence qu’on a perdu un porte-drapeau, même si l’on n’a pas toujours suivi tes combats, tes rixes, tes assauts répétés comme cet hidalgo de la manche. Tu as toujours combattu les injustices entouré de Dulcinées aux yeux remplis d’étoiles. C’est le roman de ta vie et quelque part nous avons construit quelques lignes pour organiser de jolis paragraphes sans forme et avec certainement des fautes d’orthographe. Personne n’est parfait. Affirmatif !

Pierrot,

Mon frangin, mon poteau,

Mon copain, tu m’tenais chaud,

Pierrot,

Ne plus te voir j’en crève

J’te sens toujours dans mon ventre.

(PS : l’alchimie de mes mots, de mes locutions, de mon jargon particulier a été ensemencée par l’embryon de ces troubadours :

–       Au clair de la lune d’un auteur et compositeur inconnu

–       Môrice Bénin (les albums de 1974 à 1976

–       Chanson pour Pierrot de Renaud

–       Mon frère de Maxime le Forestier

–       Aux armes et cætera et No Comment de Serge Gainsbourg)

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