Sixty Six, la Vie que j’ai aimée… (Partie I) – chapitre 5

5 – Nationale Sexologue ! 

Steely Dan – Do It Again(1972)

Tard dans l’après midi nous avons repris la route avec nos carrosses et le magnéto à K7 mono à fond avec des piles neuves, Stooges, Hendrix, les Creedences, Free, Joan Baez etc… Le cousin roulait en premier avec Gégé à ses cotés qui changeait de temps en temps les morceaux de ouates de son orifice respiratoire. Je roulais donc en seconde et dernière position et j’étais chargé de récupérer sur le bas coté de la 7, la capote de la deuche qui se faisait la malle de temps en temps because le mistral. Bin oui en cas de pluie c’était bien pratique d’avoir une casquette sur le chevelu.  On était en Provence, et on avait décidé de rejoindre une de mes copines de Lorraine qui était à Saorge dans la vallée de la Roya près de l’Italie. Deux ou trois lorrains étaient partis vivre en communauté dans c’t’coin. Cette nana était plus vieille que moi et avait dirons nous plus d’expérience que nous autres. Et pis c’était aussi un but à notre voyage, vu qu’on savait pas où aller. Long Train Running, sauf qu’on avait plus un rond, mais les pleins de nos bicylindres de 375 cm3 étaient au maxi. C’est ce que nous disaient les jauges en bakélite de nos réservoirs. Au volant de ma caisse je repensais à celle que j’allais rejoindre et à celle que j’avais quittée en Lorraine pour cette Cougar. Une belle plante aux cheveux longs habillée d’un short moulant, c’était la mode à l’époque. On allait souvent chez Paulette, un pub rock de mon coin. La zik était bonne et les groupes venaient souvent d’Angleterre. La bière était chaude et les vapeurs bleues nous chatouillaient les narines. Du soul sacrifice en Live. J’aimais bien, tout, la fille et le moment. Sauf que cela devenait trop sérieux…. avec ma banquière. J’avais pas fini mes classes, alors j’suis parti. Et c’est comme ça que je me suis retrouvé arrêté au bord de la nationale 7 avec mes compères, la tête en l’air tous les trois en disant aux bleus en pétrolettes qu’on venait de voir des soucoupes volantes ! Bon ils nous ont relâchés, parce qu’il paraît que c’était des essais d’avions de chasse de la force de frappe française. Faut dire qu’on était près d’Aix en Provence et qu’il y avait un beau soleil couchant. Quand même à ce jour, j’ai toujours pas compris ma vision. On était jeunes, naïfs et sains mais pas puceaux. Non mais, hein !!

Il était déjà tard et fallait à nouveau se poser. Alors on a trouvé un coin sympa et installé nos douillets. Fait le fond des poches, il nous restait dix balles, pas l’Pérou. Mon cousin avait dégotté je ne sais où, un chapeau melon et on avait des gilets noirs style garçon de café. A l’époque, il y avait souvent des fêtes de village en Provence, enfin on avait le nez pour les dégotter, sauf celui de mon cousin. Dans ces évènements traditionnels, il y avait souvent des jeux de roulettes avec les sempiternels stands d’olive à l’Aïoli. Nous on jouait nos derniers dollars, enfin mon cousin. Il avait plus de chance au jeu que nous. Et il ne fallait pas le regarder. Souvent il gagnait de quoi nous abreuver, manger et remplir les réservoirs des quatre roues. C’était not labeur journalier. Pas de pointeuse, ni de contre maître, le tout était de trouver une roulette ambulante. Roule ma poule. On allait festoyer encore un peu et surtout toute la journée on avait pris le soleil. De jour en jour la belle bleue s’approchait de nous, et c’est comme ca qu’on s’est retrouvé à Nice sur la plage de galet à poil. Fallait pas nous pousser pour être aux anges dans la plus pure simplicité. On a fait les cons tous les trois sur la plage comme des jeunes chiots et un de nous à mis un coup dans le tarpion fraichement guéri et fragile à mon cousin ? Fin des festivités. Il a dit que c’était moi, mais allez savoir quand on est fou de vivre. Et re-mouillettes et prise de gueule aux quatre coin de la petite plage pendant quelques minutes. Le temps des retrouvailles au fond d’un rade de rivage, on s’est assoupi au clair de lune comme des loirs, sauf l’cousin qu’arrivait plus à respirer et qui s’était éloigné un peu de nous pour cause de gestes brusques. Down On the Corner, le lendemain on a repris la route vers l’Italie, Monaco et Vintimille. Sais plus dans quel ordre, vu qu’on évitait les douanes, nos cheveux étaient certainement trop longs. On est arrivé à Saorge sans encombres en fin d’après-midi. J’ai revu ma copine qu’était simplement ma copine vu qu’elle avait un nouveau petit copain. Ha ces vieilles ! Toutes les mêmes. Dans la communauté c’était un peu le Bronx. On n’a pas aimé l’endroit, pas encore assez mûrs pour ce genre d’expérience. L’estaminet du coin nous a mis d’équerre. J’ai fait un peu de yoga sur un mur et choppé un énorme coup de soleil sur mon appendice respiratoire. Famille si tu voyais tes n’veux. Je savais pas si mon mal de crâne venait de ma déception amoureuse ou des breuvages ingurgités la veille, ou l’éloignement du nid maternel. J’avais quand même une petite idée, l’accumulation et le mélange des genres agissaient sur mon tempérament. House of the Rising Sun. Il était à nouveau temps de reprendre le long chemin de notre éducation et surtout trouver pitance à nos estomacs qui hurlaient de douleur. Dure réalité, ha si j’étais croyant, le coup du pain et du vin du faiseur de croix. Un régal, non ! Et rebelotte, coup de roulette, tout perdu, trois gueules noires de chagrin. Heureusement en bon prévoyant mal éduqué par mes semblables, fourmis ou cigale, j’sais plus. J’avais gardé un billet de dix balles dans une chaussette au cas zou. Quelques litres d’or noir pour les deudeuches et festin au jambon-corniches-bièresss pour nous.

Repus, nous avons décidé de repartir le lendemain et d’aller vers d’autres contrées en vidant la benzine de nos réservoirs. A vue de nez (humour) 200 bornes. En tout cas on resterait en Provence. Il faisait trop bon, les mégots sur les trottoirs étaient énormes, on pouvait trouver du taf, genre vendanges et il y avait des bouteilles de lait au petit matin devant les portes des jolies maisons. De toute façon c’était impossible d’aller plus loin, nos banquiers avaient mis la clé sous l’paillasson pour vacancer comme nous.

Une nouvelle ère allait commencer pour nous. Le moment de briser nos chaines arrivait à grands pas. Il y avait de plus en plus de chemises à fleurs et de cheveux longs dans l’coin et forcément qui s’ressemble s’assemble. Vieux dicton de ma grand-mère ou de quelqu’un d’autre. Go to the Peace and Love my friend. Vas y la falaise est proche, trouve ta nourriture et raconte aux autres comment c’est bon. Y a pas que les livres pour apprendre, y a aussi le vécu des autres. Somebody to Love comme dit Jefferson l’appareil volant à l’allumette usagée.

 

6 réflexions sur “Sixty Six, la Vie que j’ai aimée… (Partie I) – chapitre 5

  1. brigitte antoine

    j’ai lu tout d’un coup, ton style célino san antonioesque est très plaisant bien que je ne t’ai jamais entendu parler comme ça;quelle sincérité, c’est émouvant; Et bien, d’un point de vue bouddhiste (te fous pas de moi) on peut juste dire que tu es « aligné » ou « centré » tu rigoles mais c’est pas donné à tout le monde et tout en sautant la case « méditation » and c0 , bravo ! Continue comme ça, tu nous fait du bien ; bises Michel.

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