Sixty Six, la Vie que j’ai aimée… (Partie I) – chapitre 3

3 – Le Cat@logue du départ !

Frijid Pink – House of the Rising Sun (1970)

En 68, j’étais dans un collège technique et mon prof de français a aiguillé mes lectures sur Sartre, Kafka, Queneau et d’autres comme Fante, Bukowski et Kerouac. Le choubang merci M’sieur Robert, j’savais pas que les mots aussi bien alignés faisaient du bien et envoyaient de belles illustrations à mon encéphale. Grève complète dans l’hexagone, l’euphorie, descente sur Nancy, blackout social, les sit-in s’organisent, nos pattes d’éph dépoussièrent les trottoirs et le joint des studiants se colmate avec les zouvriers. Tout du moins il passe de main en main. J’suis adulte, mais j’ai du mal à contrôler. Nos mises en plis tourbillonnent au vent comme nos faits et gestes. Nique la flicaille, l’armée et la bondieuserie. J’découvre aussi les concerts sur plusieurs jours en Lorraine pas aux States, mais at home. Led Zep, les Who et bien d’autres comme Soft Machine, Weather Report. Au cinoche du coin on se pète le film de Wadleigh sur Woodstock tout en paluchant les nichons et la touffe de nos cop’s du moment. Merde on n’était pas au bon endroit à ce moment précis. Pas grave. J’ai reçu le bon engrais qui convenait à mes états d’âme. Quoi de mieux que ce soleil et ces bonnes odeurs en tout genre. Le ver est dans le fruit, y a plus qu’à contaminer ceux qui me côtoient. Bon y aura toujours un jardinier du dimanche qui pensera à enlever la mauvaise herbe de sa plate-bande. Faut lui apprendre les bonnes méthodes à c’con ! Non ! Le bio c’était pas notre tasse de thé, enfin pas ce genre de bio. On digérait plus les produits venus du Maroc, d’Afganiskan ou des Indes. J’parle du patchouli, bien entendu. Quelle odeur de merde. A l’émanation de ces corps volatiles on se sentait semblables, mieux que l’encens quand même. Quintessence et Hare Krishna n’est pas loin. Mais ne brûlons pas les étapes.

La zik est rentrée dans notre vie, c’est le début de la pop et de l’underground. Moi aussi j’veux en être. Alors on monte un groupe sans connaître les instruments à la Sex Pistol mais avec plus de dix ans d’avance. Moi j’ai jamais été punk. Je les ai aimés que 10 ans après leur chute, sauf p’tete les Clash. Allez savoir !

Johnny Hallyday…Toute la Musique que j’aime (1973)

C’est là que j’t’ai connu mon Pierrot, tu faisais dans l’Halliday, comme maintenant, à la perfection. Toi aussi t’as eu un sacré parcours. Tu devrais aussi plumer de tes doigts. Y aurait d’quoi. Vas y germe et déglutis nous le verbe. Ce serait de la symphonie et pis ca fait du bien pour le mal qu’on a.

Men of the Moon, qu’on s’appelait, tout est dans le titre. J’ai commencé à la basse, remplacé par Gérard un créole qui s’appelait Leclerc. Quand j’y pense, y avait déjà de la confusion. Tout est dans l’osmose. Le guitariste avait une Strato blanche , un bijou des années 70. Il l’a toujours et se branle devant tellement il est heureux de son acquisition. C’était un fan des Shadows, il l’est toujours d’ailleurs. Lui, il était plus vieux que nous et il connaissait le solfège. Il avait une P60 comme bagnole, une tire magnifique de couleur crème. La voiture américaine française avec une carrosserie et des pare-chocs de camion. Les week-ends il jouait en Belgique. Et avec son blé, il allait tout claquer dans les bars à putes où les premiers scopitones diffusaient des films pornos. Il avait une longueur d’avance sur nous, coté zik et coté cul. Il avait la banane et pas qu’en coiffure, Jeans Levi’s, santiags et démarche du mec qui cherche son canasson. Les autres zikos, voulaient de la pop et du dream. Je m’suis mis à la batterie avec une Gary, très vite remplacée par une ASBA. Le chanteur, mon cousin s’est époumoné d’oxygène les deux lobes, les bronches, le larynx jusqu’aux incisives de devant. Il est tombé d’un toit et on allait répéter chez lui dans sa chambre. Lui cloué, mais gueulant, nous assommé par le plaisir de jouer et ses parents hurlants de désespoir avec les voisins de deux rues à la ronde. On n’a répété qu’une fois chez lui. Puis on a donné notre premier et seul concert …….. dans une maison de retraite, mais le gardien des murs a dit qu’on déréglait la sono portative des p’tits vieux et on n’a joué que deux morceaux. C’est con, on en connaissait trois. A l’époque j’avais une deuche modèle de 1955, avec les clignos qui sortaient sur le coté et la roulette du moteur d’essuie-glace qui tournait avec la boite de vitesse. Tout le confort absolu, la pluie sur les pieds, le vent qui rentrait de partout et la vitre latérale qui se décrochait au moindre trou sur la route et qui te foutait le coude en l’air. J’avais viré le siège biplace arrière et celui de devant aussi pour rentrer la batterie et une partie de la sono et je conduisais assis sur un seau de maçon. Du bonheur dans le pré avant l’heure et comme dit Jack « Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent… » Surtout on se fichait de tout, on rigolait et on passait de gonzesse en gonzesse, on se les refilait aussi. Du bon temps quoi. Avec des potes on s’est tiré en stop en Allemagne voir Pink Floyd. Un grand moment aussi, on a fait la pige devant le stadium et on a aidé les techniciens à décharger les semi remorques. Du matos, y en avait, comme des roadies on a assisté au concert gratos, tout devant de la scène. Ils nous ont filé un peu d’herbe et le dernier 33 tours qui venait de sortir «  Atom Heart Mother ». On a tiré au sort qui aurait le précieux graal, surtout qu’il était dédicacé. L’heureux élu fut bibi, et j’l’ai toujours. Le concert, du délire, du son dans tous les sens et du bon. Nos têtes tournaient comme le leslie à Wright. Un instant précieux gravé dans le cortex cérébral.

A l’époque je travaillais avec le soliste comme dessinateur industriel aux fonderies de Pont à Mousson. La boite où mon père a fait toute sa carrière et où mon grand-père, immigré italien, avait poussé les wagonnets de crasse. J’avais la tête  démontée, mon chemin semblait tracé, immuable, je devais me bousiller la santé comme mes aïeux. C’était écrit, mais ou c’qu’il est l’papier qui a dit que j’ferais ça ! J’m’suis cassé un dimanche de juillet quand mes vieux étaient parti en wâcances dans les Alpes dans une maison familiale de l’époque. Pas cher, bon marché du cousu de l’époque. Tchao Mr Cavallier, c’était l’dirlo de la cambuse qui donnait à manger à tout l’coin. Ouf, deuxième naissance. 

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