Sixty Six, la Vie que j’ai aimée… (Partie I) – chapitre 7

7 – Hare Krishnalogue !

 Quintessence – Giant (1969)

Moi j’ai arrêté après la cueillette des figues, je me rappelle les bagarres mémorables à coup de fruits bien murs comme de la confiture. Sous le soleil on s’amusait comme des gosses, on a vite stoppé à cause des guêpes. Bref j’ai quitté mes quidams pour vivre une nouvelle expérience. La communauté. J’avais rencontré des types aux yeux zarbis, avec des bagues, des colliers, bien entendu des cheveux longs. Ils revenaient, d’Asie, du Maroc et jouaient de la bonne zik tout en fumant de la bonne herbe. Un matin je suis parti à pieds, avec les pompes aux pieds de Gérard qui chaussait plus grand que moi pour les rejoindre. Mais pourquoi, j’ai pris les godillots à Gégé, encore un grand mystère. Parce que lui il a dû avoir mal aux orteils, si moi j’ai eu des ampoules sur les petits chemins de Provence. Je marchais et j’étais heureux, j’avais bien rompu mes amarres et brisé mes chaines. Pas de contraintes, l’esprit libre, le haut de la falaise était déjà loin de mes pensées. Je venais d’avoir vingt et un ans, donc majeur et j’allais rejoindre « Just Another Band » des freaks à la Zappa. Mon affranchissement, ma délivrance, no help j’suis un évadé de votre esclavage. Il faisait super doux, j’m’suis arrêté sur le bas coté pour me rouler une clope. Une voiture a stoppé pour m’emmener, j’ai fait non merci de la tête en disant que je n’étais pas pressé et que je profitais du moment. Le type m’a dit ok man. Je suis arrivé en fin d’après-midi chez les nouveaux potes avec la panse en pénurie. Heureusement j’avais fait les derniers kilomètres dans une camionnette de maçon. La bande de joyeux hurluberlus, mi femmes, mi hommes m’ont embrassé en me tendant un verre de liqueur de gentiane faite maison et un trois feuilles fait maison aussi. Le mélange des infusions m’a calmé l’esprit et le bas ventre. Les guitares ont sonné le tocsin, et les tables nappées de victuailles sont arrivées. J’avais rejoint la digne bande chez un autre viticulteur qui clôturait la saison par un repas anti frugal. C’était la coutume de fin des vendanges. Quelle nuit, et quel renouveau, après les étoiles filantes, le trou noir. I loved it. Les mondes se côtoient, mais que le chemin est difficile pour aller de l’un à l’autre. Pourquoi les accès sont-ils aussi bien cachés ? Le planteur de grappes nous a donné une rallonge, même à moi. Il ne m’avait pas reconnu comme intrus. Mon baptême du Peace and Love. Hare Krishna ! Le moment présent et rien d’autre, rock and roll.

On est repartis le lendemain matin par paquets de deux afin de rejoindre le restant du nid qui se trouvait à La Seyne sur Mer près de Toulon. Par deux c’est plus simple pour le stop. A cette époque on faisait un peu tache dans les champs de lavande, à cause des couleurs qu’on portait. A quelques heures près, on est tous arrivés en même temps. La maison était immense située au bord de la mer, prêt d’une charmante personne, artiste sur les bords. Je n’ai jamais su qui c’était, faut dire que j’m’en battais un peu de connaitre le nom du proprio vu que c’était gratis. On était moins de trente et il n’y avait jamais les mêmes personnes, beaucoup de va et vient. J’en étais le dernier exemple. J’m’souviens qu’il y avait une fille de plus que les mecs. Les hormones dirigent le monde. Le taf du moment consistait à décorer des planches de surf en résine et à créer une déco psyché pour une boite de nuit. Les voisins nous aimaient bien et nous amenaient souvent des restes à manger. Faut dire qu’on les invitait aussi à nos fêtes. Ce qui m’a le plus dérangé au début, c’était les chiottes. Elles étaient situées dans la salle de bain qui était grandiose, avec deux douches dont une en hauteur. Hé bin, pondre sa crotte, avec deux personnes qui s’aseptisent quand toi t’es sur le trône. On ne m’a jamais éduqué avec ce genre de fondement. J’y ai mis du temps mais je m’y suis fait. J’allais aux chiottes que dans l’après-midi…. Les journées passaient rapidement dans la joie, la paix, l’amitié et l’amour des autres. Les soirées étaient toutes aussi charmantes, assis sur des peaux de biques, à fumer, chanter et danser. L’émancipation de nos rapports humains, enfin de ma vie amoureuse, a fait évoluer mes mœurs. C’est le cas de le dire. On appelait cela la Liberté. J’fumais beaucoup, et je marchais continuellement sur de la ouate. Le Flower Power et le Good Vibrations m’ont amené tout doucement vers Lucy In the Sky with Diamonds de John Lennon. Je sais cela fait beaucoup de codes anglicanos saxcons, mais c’est l’époque qui l’voulait. De fil en aiguille, quoique j’y ai jamais touché aux aiguilles, il y en avait un dans la bande qui était quelque peu mystique et a essayé de nous initier à la lecture du livre des morts tibétains du Bardo Thödol. Bon j’ai jamais trop accroché, trop compliqué, trop mystik, mais j’aimais bien les ingrédients qui accompagnaient, sauf qu’on mangeait pas de viande. Du thé et du riz macrobiotik. On est parti à quatre ou cinq accomplir une retraite dans un vieux monastère en ruine, et y en avait des ruines ! stquinisA Saint-Quinis, près de Ste Anastasie sur Issole, longue marche, car bien entendu on y est allés à pieds avec nos besaces et le sac de riz. C’était le mois de novembre et les fins de journées étaient fraîches. Le monastère était perché à plus de 600 m d’altitude et pour y accéder fallait prendre un chemin de mule. Les mules c’était nous, en plus il n’y avait pas d’eau en haut, fallait faire le plein en bas. On est arrivé exténué dans la seule pièce de vie humide et froide. Fallait faire du feu pour pas mourir. Ha le mystique irrationnel, j’ai jamais plus redonné. Je me souviens du mois de novembre parce que le lendemain matin tous les clochers de la vallée nous ont réveillés, c’était la date anniversaire de la mort du général De Gaulle. On buvait de l’eau, mangeait du riz et fumait du pur marocain. Mais tous les deux jours, corvées d‘eau, à la fin on s’lavait plus pour économiser. Mon cousin est venu nous voir, et il nous avait apporté du boudin noir et de la bière. On a vidé son sac en moins de dix minutes. Le riz c’est bien, mais à haute dose c’est destructif, coté intestin. J’mange plus chinois, trop donné dans ma jeunesse coté purification abdominale. J’ai beaucoup contemplé la nature du soleil levant au couchant. Un dimanche matin, un club de marcheurs de Marseille est venu sur le plateau et ils ont eu peur de nos mines peu reluisantes par manque de douche et de notre émanation proche d’un feu de broussailles. Mais ils ont vite compris qu’on avait faim et on a fait le pique nique avec eux. Jamais mangé autant de saucisses de ma vie, on a laissé leur riz en salade et bu tout de sorte de vins. Heureusement qu’on ne repartait pas en voiture comme eux. Ca a du bon de rester sur place. Comme on avait repris des forces on s’est remis en marche vers la confrérie de la Seyne. Pas pour longtemps, juste le temps de reprendre de la pesanteur et surtout une bonne douche. Le confort c’est bien aussi.

The Velvet Underground – Venus in Furs (1967)

Quelques soirées de bonnes euphories et direction la capitale en voiture pour vendre quelques instruments de musique. Dany, bibliomane de livres sacrés, Babar, joueur de flûte et moi dans ma deuche. Le délit de faciès, j’ai connu, tous les cent bornes fallait sortir les cartes d’électeur et expliquer où on allait et ce qu’on faisait, sans compter la fouille. On était rodés et les chiens renifleurs n’étaient encore pas éduqués. Une première étape à Lyon où Dany avait de la connaissance avec qui on est restés trois ou quatre jours. Quand les frigos furent vides et l’hiver approchant, direction la pitale. Puis arrêt chez un oncle à moi à Chalons sur Saône, ha on savait s’arrêter pour le gîte et la pitance. Mon oncle m’a demandé si je travaillais dans un cirque. J’ai dit non, j’avais pas reconnu la subtilité des propos de l’officier en retraite. Après tout, la famille c’est sacré. Une semaine qu’on a mis pour arriver sur Paris. L’autoroute c’est beaucoup plus rapide et plus onéreux. A c’t’époque les totobahns ne courraient pas les rues. Et comme on avait du temps, on allait de point de chute en point de chute pour minimiser les frais. Les parents de Babar nous ont hébergé à Créteil. Le père kiné, la mère bonne cuisinière. Il y avait encore beaucoup de CRS, 68 était proche. Idem fallait surtout pas oublier ses papiers de subordination. On avait pris l’habitude de s’autogérer. A l’époque on trainait beaucoup du côté de la Contre Escarpe pour faire un peu la manche et rencontrer nos semblables en mangeant du poulet indien et deviner avec quoi ? Ouais du riz, famille des poacées !!!! Wouarf ! J’en ai encore le gosier qui germe. Les maisons d’jeunes fourmillaient encore d’ex soixante-huitards, Amour Anarchie de Léo tournait en boucle. On a vendu nos instruments à Pigalle et repus de la vie citadine et folle parisienne on est retournés vers nos semblables provençaux. Au soleil et encore par des chemins détournés que nos connaissances de la mégalopole nous avaient donnés. Encore une belle aventure et des épisodes de vie qu’on a du mal à oublier et que je garde pour moi pour faute de mémoire perdue, dirons nous. Je pourrais dire ici merci à Jeanne, Suson, Léo, Paule, Camille, Marie (il y a toujours une Marie, comme dans la bible…) etc…

La potée lorraine commençait à me manquer et l’heure du rapatriement allait sonner.

6 réflexions sur “Sixty Six, la Vie que j’ai aimée… (Partie I) – chapitre 7

  1. bigmat

    Salut cousin,
    j’aime bien tes phrases, elles coulent et elles s’enchaînent rapidement. Facilement.
    Les mots trouvent leur place dans les souvenirs que beaucoup de jeunes ont eu la chance de vivre à cette époque.
    C’est du « Summer of Love » que tu nous racontes là.
    A ce sujet, je pense que tu ne zapperas pas le 50ème anniversaire du beau morceau qu’était San Francisco chanté par Scott McKenzie:
    if you’re going to San Francisco
    be sure to wear some flovers in your hair
    if you’re going to etc…
    Nostalgique va.
    A plus

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